Arts martiaux et Phosphénisme

L’historique du Phosphénisme dans l’Histoire des arts martiaux ne peuvent être relevés que si l’on est prévenu de ce qu’est le Phosphénisme.

Arts Martiaux

Pour comprendre les arts martiaux, il faudrait les replacer dans leur cadre d’origine et rétablir le lien qu’ils ont avec le Phosphénisme.
L’influence du Phosphénisme dans l’histoire de l’humanité est considérable. Pour bien en mesurer l’importance, il faut comprendre ce qu’est le Phosphénisme.

Les phosphènes sont toutes les sensations lumineuses subjectives. Pour obtenir un phosphène, il suffit de fixer pendant trente secondes une lampe blanche opaline de 75 watts, placée à deux mètres de distance. Le post-phosphène consécutif à la fixation a une durée de trois minutes.

Toutes les études historiques d’ordre culturel ou d’ordre religieux font référence au Phosphénisme, c’est-à-dire à l’utilisation du feu et de la lumière. En effet, toutes les grandes traditions spirituelles ou religieuses ont pratiqué la fixation de sources lumineuses. Ce point est complètement occulté : on s’attache davantage à la forme des mythes qu’à leurs enseignements. Le premier à avoir mis ceci en évidence est Francis Lefebure, médecin et checheur français. Il a découvert le lien entre les fixations de sources lumineuses et les pratiques religieuses et il a conçu un ensemble de techniques destinées à développer les capacités cérébrales.

Le Mixage Phosphénique consiste à mêler au phosphène (la tache multicolore qui apparaît dans le champ visuel) une pensée auditive (la répétition mentale d’une phrase ou d’un mantra), ou une pensée visuelle (par exemple, la visualisation d’un mouvement).

Le principe fondamental du travail avec les phosphènes dans les arts martiaux est simple : il faut faire un phosphène, puis imprimer un rythme régulier au corps (kata), ajouter un rythme sonore (kiaï), donner un rythme à la pensée (visualisation, répétition), ou entretenir un rythme respiratoire particulier (kata respiratoire). Au fil de la pratique, tous ces rythmes se synchronisent, ce qui éveille des capacités très élevées, de façon progressive et pourtant assez rapide.
Pour nous occidentaux, la notion d’arts martiaux désigne essentiellement les formes de combat asiatiques, même si elle englobe parfois des activités satellites de la pratique martiale proprement dite : diverses techniques de méditation, de massages, de relaxation, plus ou moins “traditionnelles”.

Puis, sont venus s’insérer dans la pratique martiale tout un langage, une terminologie, une rhétorique philosophique que l’on prête aux maîtres d’armes : amalgames modernes de concepts chinois, japonais, hindous, tibétains…

Il y a une grande différence entre ce que les premiers experts japonais arrivés en Occident faisaient pratiquer à leurs élèves et la pratique d’aujourd’hui. Si l’exotisme des arts martiaux était attirant, la pratique était trop dure, trop aride et se faisait sans explication d’aucune sorte, uniquement par l’exemple, ce qui en a rebuté plus d’un. Les experts furent obligés d’adoucir la pratique, de l’adapter à l’état d’esprit occidental et par conséquent, de vider leur art de sa substance. Pourquoi ? Précisément parce qu’il s’agissait de disciplines martiales, c’est-à-dire guerrières et qu’il s’agissait de vie ou de mort.

Dans le contexte de la société asiatique d’antan, celui qui y était parvenu était sans conteste un artiste au sens le plus élevé du terme car il avait dépassé toutes les contraintes physiques et psychologiques. Il avait atteint un état de conscience. Au-delà de tous les aspects techniques, c’est cet état que tous recherchaient, souvent au long de toute une vie et c’est cet état qui faisait la différence.

Or, s’il a été si simple et si naturel de faire un amalgame entre les conceptions asiatiques et hindoues, c’est parce qu’il existe effectivement un trait commun entre ces cultures. Il n’est pas évident de le découvrir parce que la plupart des concepts asiatiques et hindous n’ont pas d’équivalent dans nos langues. Des termes comme ki, chacras, Koundalini (Kundalini en anglais) n’évoquent rien pour beaucoup de nos contemporains.

Et même si on les rencontre de plus en plus dans des livres, qui peut se vanter d’avoir “éveillé ses chacras” et qui peut dire à quoi cela correspond ? En général, on s’aperçoit que ceux qui prétendent y parvenir font essentiellement un travail d’imagination. Ils confondent perception et imagination.

Quant à Koundalini (Kundalini en anglais), tous les livres expriment la beauté et la puissance de cette énergie mais tous affirment qu’il est dangereux de l’éveiller. N’y aurait-il pas là une contradiction, ces livres omettraient-ils de souligner qu’en réalité, il manque bien des éléments pour comprendre ce que Koundalini (Kundalini en anglais) désigne et à quel genre de phénomènes on est censé avoir affaire ?

En outre, sur le nombre croissant de pratiquants d’arts martiaux, comment se fait-il qu’il n’y ait pas une pléiade de Maîtres, ne serait-ce qu’un centième du nombre total de pratiquants ? Sinon que l’essentiel de la substance martiale est absente de la pratique.

Ce sont ces questions qui permettent de comprendre le besoin, la nécessité d’intégrer à la pratique tout un jeu de références pseudo-philosophiques, afin de faire patienter le pratiquant et de le culpabiliser s’il n’obtient pas de résultats dépassant le cadre de ses efforts physiques.

Résumons ces questions en une seule : pourquoi ne peut-on réaliser les mêmes exploits que les Maîtres attestés ? Sans doute parce que la réponse ne se trouve pas dans la technique et sans doute est-ce ailleurs que dans la technique qu’ils ont découvert la réponse. Tous les rapprochements philosophiques du monde ne pourront rien y changer !

La principale constatation que l’on peut faire, c’est que la plupart des arts martiaux ont été créés par des religieux.

Les guerriers qui ont créé une technique ou une forme de combat l’ont toujours réalisée durant une retraite dans un temple ou dans un monastère ou en s’écartant de la société pour vivre dans la nature “selon leur religion”.

Vers 500 après J.-C., le moine bouddhiste Bodhidharma quitta son Inde natale et vint s’installer en Chine. Il se présenta au célèbre monastère de Shaolin, mais les moines ne voulurent pas le recevoir. Aussi, pendant neuf ans, médita-t-il devant le monastère. Là, il créa sous forme d’art de combat les styles interne et externe.

Le style interne (nei-chia) s’attache essentiellement à faire prendre conscience au pratiquant du potentiel énergétique qui se trouve en lui, à faire monter cette énergie, à la développer et à la projeter.

Le style externe (wai-chia) consiste en des techniques de corps à corps violentes et physiquement puissantes.

Bodhidharma a également créé le Ch’an qui devint le Zen au Japon et auquel s’intéressèrent bon nombre de guerriers.

C’est également un prêtre bouddhiste, Won Kwang Bopsa, qui en Corée créa le Hwa Rang Do, au profit d’un ordre de guerriers d’élite, les Hwa rang, sur la demande du roi Chinhung (540 A.D.). Ces guerriers étaient connus pour être redoutables et les anecdotes nationales vantent les exploits de ces combattants, dont les pieds étaient comparés à des sabres tant leur vitesse de frappe et leur puissance étaient grandes. L’armure en bois d’un adversaire pouvait être brisée d’un coup direct, tuant l’homme instantanément.

Sur une gravure représentant un héros coréen, le général Yoo Shin Kim est à genoux, les mains jointes. Son sabre est posé sur un autel de pierre, près d’un vase où brûle de l’encens. Devant ce personnage, un vieillard se tient debout, appuyé sur un long bâton. La légende de la gravure est Le Général Yoo Shin Kim au mont Dan Suk, pratiquant le Hwa Rang Do (611 A.D.). Or, le général n’est pas représenté au combat, ni s’entraînant au maniement d’armes, mais il fixe un rayon de soleil pénétrant dans la grotte par un orifice. La légende dit bien “… pratiquant le Hwa Rang Do”. Les religions asiatiques sont avant tout des cultes solaires.

Dans la conception de cet art martial, le symbole du yin et du yang (Um et yang chez les Coréens) donnait les principes de base de la technique (Ne soyons pas surpris de cet apport chinois car en Asie, les influences religieuses étaient réciproques. Les Coréens sont d’ailleurs à la fois confucianistes, bouddhistes et chrétiens). L’aspect yin symbolisait la lune qui représentait les ténèbres, la souplesse et les mouvements circulaires, tandis que l’aspect yang symbolisait le soleil qui signifiait lumière, dureté et mouvement direct.

De plus, comme la plupart des arts martiaux, cet art coréen n’était pas considéré comme un but en soi mais comme un “chemin” permettant de relier l’univers intérieur de l’Homme au Principe Universel (Hwa-Rang-Do).

Cette ambition des créateurs d’arts martiaux d’élever la notion de combat à celle de voie d’accomplissement de l’individu se retrouve dans beaucoup de techniques, qu’elles soient hindoues, coréennes, chinoises ou japonaises. Du moins était-ce vrai à une certaine époque du fait que les arts martiaux, à leur origine, étaient très étroitement liés à la religion.

Le mot “religion” vient du latin religare  et signifie “relier”. Ce concept est parallèle à la notion asiatique de “voie, chemin” ; il n’est donc pas surprenant que même à travers des voies guerrières, les religieux aient exprimé le fond de leur foi et de leurs connaissances. Il faut en conclure que c’est au sein des religions asiatiques que les arts martiaux trouvaient le principe actif qui donnait autant de puissance et d’efficacité à ceux qui l’employaient

Le Taoïsme

De la pensée taoïste, sont nés de nombreux arts martiaux. Les prêtres taoïstes étaient vénérés et respectés pour les nombreux “pouvoirs” qu’ils possédaient. On leur prêtait la connaissance de tous les moyens d’action, directs et indirects, sur les êtres et sur la Nature. La doctrine taoïste s’est développée dans le milieu des archivistes seigneuriaux, lesquels enregistraient et détenaient toutes les informations sur les cultes et les rites que les nobles et les seigneurs devaient accomplir. Des princes, des seigneurs, des empereurs n’ont d’ailleurs pas hésité à s’entourer de prêtres taoïstes. Après avoir assis leur pouvoir, certains ont même tenté d’éliminer les taoïstes, de crainte qu’ils n’aillent porter leurs enseignements à d’autres seigneurs.

Comme pour le confucianisme, ces enseignements étaient fondés sur de vieilles croyances, mais l’orientation taoïste était avant tout mystique et l’objectif était d’accéder à un pouvoir personnel sur les hommes et sur la Nature. Pour arriver à leurs fins, les moines taoïstes allaient vivre dans la nature “parmi les pics et les ravins des montagnes”. Le moyen leur permettant d’atteindre cette Puissance de Réalisation était la méditation. La concentration sur un point unique les faisait accéder à l’extase. Mais là encore, comme pour le bouddhisme, ce n’était pas le principe essentiel.

L’adepte taoïste cherchait à se nourrir des énergies de la nature et pour cela il utilisait de très vieilles techniques : entre autres choses, il absorbait l’énergie yin et yang de la nature en prenant des bains de lune (yin) et des bains de soleil (yang). Il pratiquait des exercices respiratoires dont la phase la plus importante était la rétention prolongée de l’air qui préparait à l’extase. Il absorbait le feu du soleil, comparé à de l’or, par l’intermédiaire d’un miroir, c’est-à-dire qu’il fixait le reflet du soleil sur un miroir. À l’aide d’un certain coquillage, il extrayait la “rosée de la lune”. Ce coquillage servait de miroir comme les autres éléments desquels il tirait les énergies yin et yang, à savoir l’argent, les perles et les jades, précisément appréciés pour leurs reflets.

Un grand nombre d’œuvres de la “secte” taoïste se présentent comme les produits d’une révélation, ce qui ne surprend pas lorsqu’on sait que la pratique des fixations de sources lumineuses permet d’obtenir l’inspiration sous forme d’idées approfondies et clairement exprimées sur des questions, des problèmes, des thèmes de réflexion, et cela parce que les phosphènes agissant sur le système nerveux permettent d’avoir accès aux couches profondes du subconscient, de développer la mémoire et la créativité. (Pour les applications pédagogiques des phosphènes, lire Le Mixage phosphénique en pédagogie du Docteur Lefebure.)

La Religion Shinto (Japon)

Au milieu du cinquième siècle de notre ère, la Chine apporte son écriture au Japon qui n’en possédait pas. On ne sait donc rien de certain sur le Japon précédant cette époque. En même temps que l’écriture, que le Japon adapte d’une façon autonome, la Chine fournit un modèle d’administration, ses religions (confucianisme, bouddhisme, taoïsme) et les bases culturelles qui influencèrent le développement historique du Japon.

Au sixième siècle, le mot Shinto fut créé pour bien démarquer les pratiques religieuses japonaises de l’apport chinois, ce qui ne dut pas être évident car le mot “Shinto” vient du chinois Shin Tao et le couple divin Izanagi-Izanami a certainement été inspiré du principe taoïste Yin-Yang. Les termes Shinto et Kami-no-michi signifient “La Voie des Dieux” (kami : ce qui est au-dessus, en haut) dont la pratique fondamentale est la purification.

La religion japonaise est, depuis l’origine et jusqu’à nos jours, un culte du Soleil et du Feu. Le peuple japonais vénère encore le Soleil à son lever et à son coucher et de nombreux cultes sont rendus au Feu à travers les grandes fêtes : fêtes printanières du Feu, fêtes pour les Ancêtres et pour les âmes des défunts, fête de Nouvelle Année où les objets de l’année passée sont brûlés et où les foyers reçoivent le feu purifié.

Lors de la fête bon, fête pour les Ancêtres et les âmes des morts, un cortège éclairé de lanternes va chercher les âmes au cimetière. Dans certains districts, des torches sont allumées au sommet de la montagne la plus proche du village et de ce sommet, les morts sont appelés par leur nom. À la lueur des torches, le cortège raccompagne l’âme du défunt jusqu’à sa maison où les cierges de l’autel familial sont allumés à la flamme rapportée de la montagne.

Le culte d’adoration des Kami (matsuri) se déroule en pleines ténèbres, éclairées seulement par quelques torches. Durant ce culte, entre autres choses, on fait résonner un tambour ou des clochettes ; on entonne l’appel au Kami avec en plus, parfois, des paroles mystiques. Les norito (invocations) sont psalmodiées ; des chants et des danses sont offerts au Kami et la divination est pratiquée.

À l’occasion d’une grande fête printanière du Feu (tai-matsu-no-matsuri), chaque corporation de la ville élève une torche de vingt mètres. (réf. : M. Random).

Au pays du Soleil Levant, les empereurs étaient considérés comme les descendants d’Amaterasu, la Déesse du Soleil, fondatrice mythique du Japon, adorée comme la plus haute et la plus noble divinité japonaise.
Ces mythes transcrivent, bien évidemment, l’adoration faite au Soleil. Cependant, les textes du Shintoïsme officiel (Kojiki : Récits des Choses Anciennes ; Nihongi : Chroniques du Japon) ne donnent pas au mythe d’Amaterasu l’importance qu’il a dans la pensée populaire.

Dans le mythe, après les méfaits de Susanowo, le Dieu de l’Océan et frère d’Amaterasu, cette dernière se réfugie dans une grotte céleste, privant ainsi le monde de sa lumière. Pour faire sortir la déesse de la grotte, les autres dieux imaginent une tactique : un miroir et un collier de perles sont suspendus aux branches d’un genre de pin. Une omoplate de daim est soumise au feu afin d’effectuer une divination. Une planche résonnante est placée devant la grotte et une déesse effectue une danse rapide.

Les différentes composantes du mythe semblent, en fait, donner le mode d’emploi des diverses façons de communiquer avec la puissance solaire : miroir et collier de perles placés devant la déesse lorsqu’elle sort de la grotte, attirée par le rire des dieux. Omoplate de daim soumise au feu : un des plus antiques procédés de divination. Les chinois utilisaient une carapace de tortue enflammée. La planche résonnante s’applique à une technique liée aux rythmes sonores. On retrouve ces rythmes dans toutes les formes de prière et de méditation de toutes les cultures et traditions. La danse rapide indique l’importance des mouvements rythmiques que l’on donne au corps pour atteindre des états de transe. Les mouvements rapides se retrouvent également dans les danses traditionnelles africaines à vocation initiatique.

Le mythe ne fait que décrire les principes essentiels permettant d’accumuler les rythmes à différents niveaux de l’organisme et du psychisme. Dans la pratique du shintoïsme, il existe des mouvements rythmés appelés funa-koshi qui sont des balancements antéro-postérieurs ponctués d’à-coups rythmés par les bras, ce qui renforce le rythme du balancement en provoquant un léger choc dans la colonne vertébrale, le tout soutenu par la répétition de “kiaï” rythmés. Après plusieurs séries de ce balancement, les shintoïstes pratiquent un autre exercice nommé furu-tama qui consiste à placer les mains paume contre paume pour produire de petites secousses rapides qui créent une vibration dans tout le squelette et notamment dans la colonne vertébrale. Ces exercices sont pratiqués face au soleil levant et au soleil couchant, ce qui permet de fixer le soleil ou ses reflets sur l’eau. On les retrouve tels quels dans la pratique de l’aïkido, parmi les exercices de préparation mais sans fixation de source lumineuse directe ou indirecte, alors que c’est là que se trouvent les fondements des arts martiaux.

Le miroir et les joyaux font partie des trois trésors impériaux du Japon. Le troisième étant l’Épée Céleste qui rassemble les nuages ou celle qui arrête le feu dans les herbes, ce qui fait immédiatement penser à la puissance de l’eau. Amaterasu les donna à Ninigi-no-mikoto, son petit-fils, lorsqu’il fut envoyé sur la Terre. Le Kojiki et le Nihongi rapportent qu’en donnant le miroir, la déesse dit à son petit-fils : « Considère ce Miroir exactement comme si c’était Nous que tu vénères », ce qui est une confirmation de l’existence d’une relation entre le miroir et la déesse solaire.

Chaque village possédait son trésor et ce trésor se composait de sabres et de miroirs considérés comme sacrés. Au début de l’ère Heian, en 804, on trouve des miroirs déifiés.
Si le miroir devint sacré, c’est sans nul doute parce qu’il permettait d’entrer en communication avec la puissance céleste qu’est le soleil, c’est-à-dire sa puissance spirituelle.

Notons aussi que le Dieu du Feu eut la tête tranchée par son père Izanagi car la naissance du dieu causa la mort d’Izanami, sa mère. Cela signifie qu’une partie essentielle de l’action du feu nous échappe. Toutes les civilisations ont accordé une grande importance au feu et à la lumière dans leurs diverses manifestations. Mais à l’analyse, il apparaît nettement que ce n’était pas les aspects de chauffage et de cuisson que l’on vénérait et déifiait. Ici tombe donc la “théorie” qui voudrait que les premiers hommes aient pris le feu et le soleil comme dieux parce qu’il s’agissait de forces dont ils ne comprenaient pas la nature et qu’ils adoraient du fait de leur ignorance et par la crainte que le feu et le soleil leur inspiraient.

Au contraire, les études faites sur la civilisation Arya, souche commune aux peuples indo-européens, montrent que l’aspect brillant du Soleil (Mitra) était considéré comme proche de l’Homme et prenait le sens “d’ami” (lié aux activités de l’Homme). L’aspect complémentaire était l’aspect “obscur” du Soleil (Varuna), considéré comme éloigné de l’Homme et de ses activités, mais correspondait au principe d’action de “l’Ordre Cosmique” - justice, domaine des Génies et des Morts. (Note : Georges Dumézil, Les dieux souverains des Indo-européens, éditions Gallimard.)

La mythologie indo-européenne met donc en valeur deux aspects symétriques, au travers des notions de “feu visible” et de “feu caché” ; ce qui est corroboré, dans la mythologie Shinto, par le fait mythique que le dieu du Feu fut décapité par son père. La mythologie shinto fait donc également état d’un principe manquant ou non visible (décapitation) lié au feu et qui est essentiel puisqu’il s’agit de la tête, siège de l’intelligence et de la connaissance.

Rien n’empêche d’identifier ce “feu caché” aux phosphènes, pour la formation desquels il faut faire face à un “feu visible” puisque pour les Indo-européens, Mitra et Varuna, bien que distincts, étaient inséparables l’un de l’autre et que physiologiquement, la fixation d’une source lumineuse produit systématiquement des phosphènes.

De plus, Izanami pourrait très bien correspondre à la notion d’univers spirituel puisque la naissance nous coupe du monde spirituel, ce qui s’exprime dans le mythe par la mort d’Izanami, ou plus exactement la perte du contact avec le monde de l’esprit. Dans ce cas, Izanagi correspondrait à la contrepartie matérielle de l’Univers. La notion de Dieu du Feu serait alors l’expression d’un principe intermédiaire entre les deux mondes et permettrait, grâce à l’action de la lumière sur le cerveau, d’accroître les capacités intellectuelles et créatrices mais aussi la capacité de percevoir des plans imperceptibles à nos sens physiques.

Si nous relisons librement cette symbolique, nous comprenons qu’il existe, dans le feu physique, un principe non matériel agissant sur l’intelligence et la connaissance. Et à partir des éléments de la culture Arya que nous avons rappelés, nous pouvons ajouter ceci : ce principe donne également accès à ce que toutes les traditions ont appelé “les mondes invisibles” ; il est le fondement de tous les mysticismes.

Ce survol des religions asiatiques, qui ne peut être exhaustif, montre à travers différents aspects et au-delà des doctrines, une constante dans la pratique de rites et de cultes : ils tous liés à la lumière.

L’étude du Phosphénisme permet de comprendre certains symboles contenus dans les mythes. Les mythes ont pour but de frapper l’esprit et de faire perdurer à travers les siècles certaines notions et pratiques. Ils sont une somme d’informations. Si au lieu de disserter sur les symboles, on cherchait à comprendre la relation qui existe entre eux et l’individu, nul doute qu’on accèderait à une connaissance très profonde de l’être humain. Si toutes les cultures et toutes les religions reposent sur les mêmes fondements, c’est parce que les humains sont les mêmes partout et qu’ils ont été semblables de tout temps. Et c’est là que se situe la véritable TRADITION : ce qui est commun à toute l’Humanité, quels que soient le lieu, l’époque où elle s’est développée et la forme que prennent ces connaissances.

Le Phosphénisme permet également d’expliquer certaines pratiques qui nous paraissaient étranges jusqu’alors. Associés aux cultes solaires et aux cultes du feu, on retrouve toujours des chants, des danses, de la musique, des prières ou des invocations. C’est l’utilisation du RYTHME, notion essentielle dans la pratique du Phosphénisme car sans support rythmé, faire des phosphènes ne développe rien. C’est pourquoi, dans le mythe d’Amaterasu, l’importance du rythme est soulignée par la planche résonnante qui correspond aux instruments de percussion. Les tambours sont sacrés dans bien des cultures car ils créent des vibrations qui se répandent dans tout le corps.

Lorsqu’on est porté par un rythme physique, celui-ci imprègne la pensée, ce qui provoque un état d’hyperconscience par synchronisation des rythmes cérébraux voire des états de transe et d’extase initiatiques. Cet état se caractérise par la sensation subjective de baigner dans des rythmes, dans la lumière et par des perceptions riches et très nombreuses, celles-ci ne relevant aucunement de l’imagination (sensations visuelles, auditives, cénesthésiques…). Le mythe fait également état de la danse d’une déesse, une danse sacrée qui relie les danseurs au monde de l’esprit, comme dans le cas de bien des danses africaines qui ont pour but de faire prendre conscience de “l’Âme de la Forêt” ou encore des danses de derviches tourneurs qui provoquent la sensation d’extériorisation de la conscience hors du corps.

Le rythme se rencontre aussi dans la prière de la religion Shinto qui consiste à lire les noms des Kamis contenus dans le Kojiki. En outre, lorsque le prêtre prie, il fait face à un feu et se balance tout en scandant le nom des cent-huit dieux du panthéon shinto ce qui constitue un mantra très efficace qui produit des synchronisations neurologiques puissantes et qui permet donc de déclencher de nombreux phénomènes…

De même, la pratique de la méditation sans support rythmé n’apporte que les bienfaits d’une discipline mentale, mais cela ne permet pas un travail en profondeur. Rythme et phosphène vont de pair et stimulent les fonctions rythmiques du cerveau et du système nerveux dont nous ne nous servons pas par ignorance. Le mot méditation vient du latin meditatio qui veut dire exercice, donc travail mental. Dans le cadre initiatique, la méditation consiste à rythmer la pensée en fixant une source lumineuse directe ou indirecte.

Dans la pratique des arts martiaux, ce sont les enchaînements de mouvements et les kiaïs qui donnent le rythme ; les katas, par exemple, sont une étude rythmique parfaite à associer aux phosphènes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si au début de certains katas, le pratiquant symbolise le soleil par un mouvement circulaire des bras. Il arrive aussi que les mains viennent se placer au niveau des yeux et forment un triangle par lequel le pratiquant fixe le soleil.

Dans la pratique du Kyû-do ou plus exactement Shadô, le tir à l’arc japonais, le dojo ouvre sur l’extérieur, donnant accès aux cibles. Une des règles du dojo est de maintenir le plancher “toujours rigoureusement propre et luisant”. Avant le tir proprement dit, de longs moments sont consacrés à la méditation et celle-ci s’effectue les yeux mi-clos. Le regard se porte donc sur les reflets du ciel sur le plancher lustré. L’exécution du tir n’a lieu qu’à partir du moment où le pratiquant se trouve dans un état d’hyperconscience, état dû à cette fixation.

Si l’on veut retrouver le sens profond des arts martiaux, il est donc essentiel de les pratiquer avec le principe qui leur a donné naissance, c’est-à-dire en introduisant le rythme et les fixations de sources lumineuses. C’est cette pratique traditionnelle, puisque constante, qui a produit bien des grands Maîtres.